Elle est invisible. Se fond dans la masse.
Ne parle jamais.
De longs cheveux châtains, gras et raides.
De grands yeux noisette.
Un teint pâle, blafard.
Un regard fuyant, qui ne s’attarde jamais sur un point fixe.
Une silhouette frêle, des fringues sportives aux couleurs flétries.
Toujours ces mêmes baskets rose fluo, pâles et usées.
Banale, diraient certains.
Pathétique, persifleraient d’autres.
Perdue, répondrait-elle.
Unseen. Inaperçue. Invisible.
Personne ne la remarque. Elle n’y voit aucun inconvénient. Elle a l’habitude, à présent.
Cinquième déménagement. Nouvelle école, nouvelle langue.
A force d’essayer de trouver des amis, de bien s’entourer et d’échouer, on finit par comprendre que ce n’est pas son truc.
Et on abandonne. On cesse de retenter sa chance. Et on s’habitue.
On accepte de devenir un élève solitaire parmi tant d’autres. Les non populaires solitaires. Asociaux. Qui n’arrivent pas à parler tranquillement face à un inconnu, qui bredouillent. Qui ne connaissent pas l’art de converser, d’être “cool”, “sympa”.
Elle a été la nouvelle de sa classe. Celle qui intrigue les gens. Celle que tout le monde veut connaître. Quelques jours plus tard, elle est devenue la muette asociale. Et, elle a beau se dire qu’elle vaut mieux que ces populaires avec leurs sourires hypocrites et leurs manies de gosses de riches, elle sait qu’au plus profond d’elle même, elle a mal.
Popular. Populaire. Apparent.

Tout le monde le connaît, au bahut. Le fils d’un basketteur assez célèbre, à la retraite. Joueur hors pair. Sympathique, drôle, parfois têtu et pénible, mais pénible au sens positif. Dans cette école depuis le CM1. Fauteur de troubles en classe, tricheur. Mauvais perdant qui adore gagner.
Elle le voit, quelquefois. Elle détourne le regard. Puis, elle se surprend à penser à lui, elle avec lui, elle lui parlant, lui l’embêtant, eux riant.
Elle aimerait rire, être embêtée, parler à quelqu’un. Avoir un ami. Elle le voit jouer au foot dans la cour avec ses amis. Elle le voit faire un but, lever les bras en éclater de rire avec les autres. Elle aimerait savoir faire un sport, avoir un “don”, un talent.
Elle aimerait faire partie d’un groupe, d’une entité, d’un tout.
Elle aimerait qu’on fasse attention à elle.
Qu’on la voie. Elle sait qu’elle doit faire quelque chose pour réussir.
Elle ne sait ce qu’est ce quelque chose.
Parfois, elle imagine ces deux mots côte à côte.
Inaperçue & Populaire. L’invisible et l’apparent.
Deux incompatibles. Opposés.
Puis, elle cesse de rêver.